VincentMacaigne prend le parti de nommer sa crĂ©ation Au moins j’aurai laissĂ© un beau cadavre « d’aprĂšs Hamlet de William Shakespeare ». b Demander d’abord aux Ă©lĂšves d’écrire un court Sommaire 1 - Le prisonnier se rĂ©veille Ă  la morgue. 2 - RetrouvĂ© noyĂ© dans la piscine il se rĂ©veille et meurt aprĂšs. 3 - Il se rĂ©veille aux pompes funĂšbres et meurt 2 semaines aprĂšs. 4 thnet ConfĂ©rence de presse du 8 juillet 2011 avec Vincent Macaigne pour "Au moins j'aurai laissĂ© un beau cadavre" du 9 au 19 juillet au CloĂźtre des Carmes. Les vidĂ©os - Au moins EntĂ©moigne le sujet du Prix de Rome de 1920, Ă©tabli par l’AcadĂ©mie des Beaux-Arts d’aprĂšs un vers du poĂšte Lamartine : « Des pĂȘcheurs un matin virent un corps de femme, Que la vague nocturne au bord avait roulĂ©, MĂȘme Ă  travers la mort sa beautĂ© touchait l’ñme ». Femme, mort et beautĂ© sont de nouveau associĂ©es dans un triptyque qui a fait ses preuves. Regardez(1) VidĂ©os de KARA laisse pas moin lĂ  - LILYE sur Dailymotion. Recherche. BibliothĂšque. Se connecter. S'inscrire. Regarder en plein Ă©cran. il y a 11 ans (1) VidĂ©os de KARA laisse pas moin lĂ  . Lecorps, d'aprĂšs MailOnline, se trouvait dans la chambre depuis au moins un mois et ses parents qui vivaient pourtant dans la maison, n’avaient aucune idĂ©e que leur fils Ă©tait dĂ©cĂ©dĂ©. LFC0qja. TĂ©hĂ©ran, mes racinesJe suis d'origine iranienne. On vivait en Iran, mĂȘme si ma famille Ă©tait contre le gouvernement. J'Ă©tais dans des maisons, enfermĂ©, on ne sortait pas. Mais j'en garde un bon souvenir, mĂȘme si j'ai peu d'images qui me viennent. Ce sont mes racines.»OrlĂ©ans, mon amie"Pour le rĂ©confort", mon premier long-mĂ©trage, est tournĂ© Ă  OrlĂ©ans. On a fait ça en un geste. Je pouvais avoir une maison lĂ -bas, trĂšs humble, prĂȘtĂ©e par le Centre d'Art dramatique de la ville, ça me permettait en plus de loger les gens ! C'est la mĂȘme maison que dans mon premier court-mĂ©trage, Ce qu'il restera de nous, j'ai gardĂ© cette atmosphĂšre. Pour ce nouveau film, on a commencĂ© Ă  tourner sans histoire dĂ©finie, sans techniciens ou assistants, tout le monde a aidĂ©.»Bande-annonce. Pour le rĂ©confort»Avignon, ma batailleC'est une ville importante pour moi, j'ai pu mettre en scĂšne Au moins j'aurai laissĂ© un beau cadavre, d'aprĂšs Hamlet, de Shakespeare. Ça reste un souvenir incroyable. J'adore le festival d'Avignon, sa ferveur populaire pour le théùtre, c'est fou et c'est sans doute le seul endroit au monde oĂč le grand public va au théùtre de cette maniĂšre et voit des Ɠuvres aussi pointues. Le théùtre doit rester populaire !»Cannes, ma premiĂšre foisC'Ă©tait important pour moi de montrer "Pour le rĂ©confort" Ă  Cannes et en France c'est un film sur les Français, sur mon pays, sur mes questionnements et mon Ă©tat de dĂ©route en politique. Je tenais Ă  ce que ce long-mĂ©trage soit vu ici pour la premiĂšre fois. Cannes, est un endroit idĂ©al pour le cinĂ©ma d'auteur, comme Avignon au final. Ça permet d'Ă©clairer certains films qui ne seraient peut-ĂȘtre jamais vus.»Mexique, mon rĂȘveJ'adorerais faire un film au Mexique. Leurs conflits sociaux m'attirent, il y a de quoi faire un tournage. En AmĂ©rique centrale et du Sud, tout est exaltĂ©, il y a une vitalitĂ© que j'aimerais bien capter. C'est un fantasme.»Cayenne, mon aventureC'est lĂ -bas qu'on a tournĂ© "La Loi de la jungle", d'Antonin Peretjatko, avec Vimala Pons. L'esprit Dom-Tom, c'est la mĂȘme chose que la banlieue Ă  Toulouse. Je n'arrive pas Ă  le dĂ©crire mais c'est ça, le ressenti. Et puis, la jungle, les dodos Ă  la belle Ă©toile la nuit, l'humiditĂ©, c'Ă©tait magique et dĂ©concertant. J'ai rencontrĂ© un bĂ©bĂ© singe en Guyane. Il m'a suivi alors qu'il avait perdu ses parents. Il m'a adoptĂ©, j'Ă©tais ravi mais... j'ai malheureusement dĂ» le rendre.»Baltimore, ma prĂ©fĂ©rĂ©eJ'allais souvent chez ma tante, qui vivait Ă  Baltimore, aux États-Unis. C'est bĂȘte mais je me souviens de deux choses que l'on fait enfant du vĂ©lo je pĂ©dalais beaucoup et des films que j'allais louer au vidĂ©o-club et que je regardais sur VHS. À chaque fois, c'Ă©tait des Ă©vĂ©nements.»Paris, mon amourMa ville de naissance, d'adolescence et de vie. Je pourrais lui consacrer un roman. MĂȘme si Paris a changĂ© et pas en bien. Paris Ă©tait populaire, joyeuse mais tout est plus compliquĂ©, les prix Ă©levĂ©s des loyers en est sans doute la cause. Les Ă©tudiants ont fui, n'ayant plus de quoi vivre ici. J'habite dans le 11e arrondissement, j'ai mes petites habitudes. Ce qui me titille ? Faire un film tournĂ© dans le quartier de La Chapelle, c'est tellement cinĂ©gĂ©nique !»Pour le rĂ©confort» Si le cinĂ©ma Français existe par une centaine de films chaque annĂ©e, il est bien entendu que dix ou douze seulement mĂ©ritent de retenir l’attention des critiques et des cinĂ©philes, l’attention donc de ces Cahiers. » 2014 AnnĂ©e Truffaut. Exposition Ă  la CinĂ©mathĂšque de Paris, rĂ©trospectives, cĂ©lĂ©bration institutionnelle, reconnaissance gĂ©nĂ©rationnelle. UnanimitĂ© pour louer l’hĂ©ritage d’un des pĂšres fondateurs de la Nouvelle Vague. L’exposition de la CinĂ©mathĂšque, riche de documents et Ă©mouvante par instants, s’achĂšve pourtant par une sĂ©quence troublante la projection d’une vidĂ©o oĂč l’on voit de jeunes comĂ©diens interprĂ©ter une scĂšne de Truffaut, parler. Qui sont-ils ? D’oĂč viennent-ils ? Pourquoi nous les montre-t-on se montrer ? Ils jouent mal, n’ont rien Ă  dire. La sĂ©quence est gĂȘnante. Leurs noms sont affichĂ©s la moitiĂ© ou presque sont des fils/fille de » Garrel, Haenel, Bonitzer, etc. Le metteur en scĂšne Vincent Macaigne adoubĂ© par la critique pour son dernier spectacle au Théùtre de la ville de Parisest bien entendu de la partie. De quoi sont-ils le nom ? De l’hĂ©ritage aux hĂ©ritiers, il n’y a qu’un pas il est franchi, sans que personne ne sourcille. CinĂ©ma, théùtre, mĂ©dia, mĂȘme rĂ©seau, mĂȘme processus de lutte des places quelle que soit la vacuitĂ© du propos et de la dĂ©marche. Mais finalement, est-ce si surprenant de voir le cinĂ©ma de Truffaut aboutir au conformisme creux et plat des annĂ©es 2010 ? Le lyrisme et l’exploration du soi prĂ©sents dans ses films ont prĂ©figurĂ© le dĂ©lire Ă©gotique de la sociĂ©tĂ© du spectacle qui tĂ©lĂ©ramise le cinĂ©ma comme les arts du spectacle. OĂč sont Jean Eustache, Philippe Garrel, scandaleusement absents, eux, de la rĂ©trospective, les seuls Ă  avoir travaillĂ© le versant nĂ©gatif de la naĂŻvetĂ© truffaldienne ? Godard, Ă  peine Ă©voquĂ©, leur brouille, ses raisons personnelles et artistiques, inexistante. AgnĂšs Varda, Jacques Demy, et d’autres enfants cinĂ©matographiques de Truffaut, laissĂ©s de cĂŽtĂ©. Tous ces auteurs qui ont travaillĂ© formellement l’hĂ©ritage de Truffaut sont remplacĂ©s par une jeunesse dĂ©jĂ  vieillie par les combats mondains. De l’exposition, je ne garde que ceci un objet fĂ©tiche qui n’a d’autre consistance qu’un plaisir vide et Ă©phĂ©mĂšre. Alors mĂȘme que les portes Ă©taient ouvertes, elles se referment sur la jeune arriĂšre-garde française. DĂ©finitivement Godard, Garrel, Eustache. De 2014 Ă  1954. Cette annĂ©e-lĂ , Truffaut publie un article demeurĂ© cĂ©lĂšbre Une Certaine Tendance du CinĂ©ma français. 60 ans plus tard, quelle boucle enchevĂȘtre ce propos novateur Ă  ce qui s’en est suivi? Quelle crĂ©ativitĂ© le théùtre français a-t-il donnĂ© Ă  voir dans une annĂ©e marquĂ©e notamment par le Festival d’Avignon prĂ©sidĂ© par Olivier Py, le conflit des intermittents, le Festival d’Automne, et d’autres manifestations encore ? Je laisse de cĂŽtĂ© la question de savoir pourquoi le propos de Trufaut s’est finalement retournĂ© contre lui, et comment, aprĂšs Les 400 coups, il a pu reproduire le cinĂ©ma archaĂŻque qu’il abhorrait. La force du texte, elle, reste intacte ; elle tient Ă  l’absolue actualitĂ© du propos, mais presque en nĂ©gatif. Truffaut oppose cinĂ©ma de texte et cinĂ©ma de metteur en scĂšne, cinĂ©ma de la tradition et de la qualitĂ© » et cinĂ©ma d’auteur. Il Ă©crit Ă  un moment Eh bien je ne puis croire Ă  la co-existence pacifique de la Tradition de la QualitĂ© et d’un cinĂ©ma d’auteur.» La guerre que s’apprĂȘtent Ă  mener Truffaut et ses futurs-amis, c’est le refus de la Tradition et de la QualitĂ©, cette position est irrĂ©conciliable. Et bien pourtant, 2014 a vu se poursuivre le processus inverse la fusion des deux et leur dilution rĂ©ciproque. Je gĂ©nĂ©ralise, il y a bien entendu des exceptions Ă  cela HypĂ©rion de Marie-JosĂ©e Malis, Bit de Maguy Marin, et d’autres encore, mais elles sont relĂ©guĂ©es Ă  la marge. Je me souviens du “Py-ĂȘtre“ Festival d’Avignon 2014, son inconsistant théùtre du retour au texte». Comme si le salut pouvait venir d’une divine poĂ©tique qui suffirait Ă  faire oeuvre. Des mots-valises entendus Ă  foison, comme pour faire oublier que l’heureux Ă©lu posait les siennes absolument partout, et entendait que cela se voie. C’est donc cela Une certaine tendance du théùtre français. Mettre en avant le verbe pour s’exposer Ă  la pleine lumiĂšre, au risque que le verbeux et le verbiage peinent Ă  masquer les ambitions personnelles. Mais ce n’est pas tout car, comme l’écrit Truffaut Vive l’audace certes, encore faut-il la dĂ©celer oĂč elle est vraiment. » L’adaptation de L’Idiot par Vincent Macaigne, par exemple, est-elle drapeau rĂ©volutionnaire ou sac plastique, effigie cynique de la sociĂ©tĂ© de consommation ? OĂč se trouvent la prise de risque vĂ©ritable, la violence symbolique ? Peut-on croire Ă  la subversion par les cris, par le cru, par une dĂ©bauche d’images et de moyens
 quand c’est peut-ĂȘtre en rĂ©alitĂ© la subvention qui est recherchĂ©e, qui se trame, qui se joue derriĂšre ces appareils ? Poursuivons avec Truffaut Le trait dominant du rĂ©alisme psychologique est sa volontĂ© anti-bourgeoise. Mais qui sont Aurenche et Bost, Sigurd, Jeanson, Autant-Lara, Allegret, sinon des bourgeois, et qui sont les cinquante mille nouveaux lecteurs que ne manque pas d’amener chaque film tirĂ© d’un roman, sinon des bourgeois ? » Il suffit de remplacer ces noms par ceux de la nouvelle gĂ©nĂ©ration ». La bourgeoisie, c’est la reproduction sociale, par le capital, les codes, le rĂ©seau, la culture ; la reproduction d’idĂ©es, par le conformisme. C’est la lutte des places, peu importe ce qu’on y fait, ce qu’on y dit il faut en ĂȘtre. Que propose le jeune metteur en scĂšne Sylvain Creuzevault comme pensĂ©e politique dans Le Capital ? La dĂ©construction permanente rire de tout pour Ă©viter de penser quoi que ce soit. Rire entre soi de rĂ©fĂ©rences communes, ni approfondies, ni complexifiĂ©es. Et que dire de “RĂ©pĂ©tition” de Pascal Rambert ? LĂ  encore, la dĂ©construction comme cache-misĂšre, comme jeu de miroirs, et peu importe s’il ne reflĂšte rien d’autre que le vide. La tentative initiĂ©e par Philippe Quesne de mettre en scĂšne l’enfance dans Next Day ? Mais oĂč sont donc les enfants de Nanterre, ceux qu’on trouverait par exemple dans les Ă©coles de la ville ? Nous avons des apothicaires qui font leurs comptes au lieu d’artistes capables de nous aider Ă  penser le monde contemporain. Dans une sociĂ©tĂ© en crise, oĂč sont les marginaux, les dĂ©laissĂ©s, les exclus ? On a beau chercher, on ne les voit pas. Il est plus que temps d’ouvrir la scĂšne et les théùtres aux acteurs sociaux, aux prĂ©caires, aux enfants, aux personnes issues de l’immigration, Ă  tous ceux qui n’appartiennent pas au monde de la culture Quelle est donc la valeur d’un cinĂ©ma anti-bourgeois fait par des bourgeois, pour des bourgeois ?» demande Truffaut. Quelle est donc la valeur d’un théùtre anti-bourgeois fait par des bourgeois, pour des bourgeois ? Des portes sont ouvertes en 2014, certaines oeuvres ont marquĂ© les esprits celles d’AngĂ©lica Liddell, Pippo Delbono, RomĂ©o Castellucci, Matthew Barney, William Forsythe, proposĂ© un dispositif radical, Ă  la mesure des enjeux contemporains. En 2015, il faudra creuser ce sillon. Car il vient de loin, et ne date pas d’aujourd’hui sur mon fil d’actualitĂ© Facebook, un ami renvoie au blog de Pierre Assouline qui retranscrit sa discussion avec Mickael Lonsdale. Ce dernier Ă©voque Beckett, qui avait dĂ©jĂ  perçu cet enjeu Ă  l’époque AprĂšs sa mort, j’ai relu tout ce qu’il a Ă©crit. J’ai compris qu’il ne parlait que des pauvres, des fous, des clodos, des dĂ©traquĂ©s, des rejetĂ©s de la sociĂ©tĂ©, alors que depuis des siĂšcles, le théùtre nous faisait vivre certes des situations tragiques mais auprĂšs de rois, de puissants. Sans son humour, ce serait intenable. Sa compassion pour l’humanitĂ© est incroyable. Je l’ai bien connu dans sa vie privĂ©e discrĂštement, il aidait les gens, les secourait lorsqu’ils Ă©taient malades. Sa femme l’ayant fichu dehors Ă  cause de leurs disputes, il vivait dans une maison de retraite tout prĂšs de chez lui ; mais quand elle est morte, il a prĂ©fĂ©rĂ© rester parmi mes semblables » disait-il, au lieu de rentrer chez lui. Jusqu’à la fin, il faisait les courses pour un couple qui ne pouvait plus se dĂ©placer. La gĂ©nĂ©rositĂ© de cet homme ! DĂšs lors que l’on essaie de sauver les gens, c’est de l’ordre de l’amour, donc Dieu est lĂ . Mais de tout cela, on ne parlait pas en marge des rĂ©pĂ©titions. Pourtant j’ai créé ComĂ©die dont on peut associer la diction Ă  celle des monastĂšres. Recto tono ! Une vitesse de mitrailleuse ! Sans inflexion ni psychologie. Une machine ! MĂȘme si son inspiration pouvait ĂȘtre picturale, le Caravage surtout qu’il allait voir en Allemagne. En attendant Godot est nĂ© de la vision d’un tableau. Pour le reste, Beckett c’était saoĂ»lographie totale. » / Sylvain Saint-Pierre – Tadorne Étiquettes Angelica Liddell, Maguy Marin, Marie-JosĂ© Malis, Pippo Delbono, RomĂ©o Castellucci, Sylvain Crevezault, Vincent Macaigne, William Forsythe Pourquoi n’écris-tu plus sur le Tadorne ? ». Parce que le théùtre ne me donne plus la parole »  Depuis la rentrĂ©e le processus avait dĂ©jĂ  commencĂ© au festival d’Avignon, gĂ©nĂ©ration Py, je suis un spectateur passif, en attente d’une expĂ©rience qui ne vient pas. Je ressens un fossĂ©, un gouffre, entre des gestes artistiques verticaux et ma capacitĂ© Ă  les accueillir, avec mes doutes, mes forces et mes questionnements. Je reçois des propos qui ne me sont pas adressĂ©s, juste pensĂ©s pour un microcosme culturel qui adoube, exclut, promeut. A lui seul, il a souvent Ă©tĂ© public d’un soir
notamment lors du festival de crĂ©ation contemporaine Actoral Ă  Marseille. Ce que j’y ai vu m’est apparu dĂ©sincarnĂ©, hors de propos parce que sans corps. Le spectacle dit vivant » s’est rĂ©vĂ©lĂ© mortifĂšre le rapport au public n’est plus LA question. Il y a bien eu le metteur en scĂšne japonais Toshiki Okada avec Super Premium Sof Double ». Son Ă©criture oĂč se mĂȘlent mouvements et mots est une avancĂ©e pour relier corps et pensĂ©e visant Ă  nous dĂ©crire l’extrĂȘme solitude des travailleurs japonais qui trouvent dans les supermarchĂ©s ouverts la nuit de quoi puiser l’énergie d’un espoir de changement. Je suis restĂ© longtemps attachĂ© Ă  ces personnages Ă  priori automatisĂ©s dans leurs gestes, mais oĂč se nichent des interstices oĂč la poĂ©sie prend le pouvoir. Il y a bien eu La noce » de Bertolt Brecht par le collectif In Vitro emmenĂ© par Julie Deliquet au TGP dans le cadre du festival d’Automne Ă  Paris. Une table, un mariage, une famille et des amis. C’est magnifiquement jouĂ©, incroyablement incarnĂ© pour dĂ©crire cette Ă©poque les annĂ©es 70 oĂč la question du corps Ă©tait politique. Mais une impression de dĂ©jĂ  vu GwenaĂ«l Morin, Sylvain Creuzevault me rend trop familier avec le jeu des acteurs pour que j’y voie un théùtre qui renouvellerait sa pensĂ©e. Il y a eu Vincent Macaigne avec “Idiot! parce que nous aurions dĂ» nous aimer“, chouchou des institutions et de la presse depuis son dernier succĂšs Ă  Avignon. À peine arrivĂ© au Théùtre de la Ville Ă  Paris, le bruit est une violence. Vincent Macaigne et ses acteurs s’agitent dans le hall et dans la rue. Les mĂ©gaphones nous invitent Ă  fĂȘter l’anniversaire d’Anastasia, l’une des hĂ©roĂŻnes de L’idiot » de Fiodor DostoĂŻevski. En entrant dans la salle, nous sommes conviĂ©s Ă  monter sur scĂšne, pour boire un verre » Ainsi, le public est chauffeur de salle, rĂ©duit Ă  un Ă©lĂ©ment du dĂ©cor. Il rĂšgne une ambiance insurrectionnelle quelques spectateurs sont sur scĂšne tandis qu’un acteur le Prince observe, immobile, illuminĂ© par un faisceau de lumiĂšre. C’est fascinant parce que le sens du théùtre s’entend. Mais cette force va rapidement s’épuiser. Parce que Vincent Macaigne s’amuse comme un gosse Ă  qui l’on aurait donnĂ© tout l’or du monde ici, l’argent public coule Ă  flot pour transposer cet Idiot en Ă©vitant de passer par la case politique. Car il n’a aucun sens politique on se casse la gueule pour faire diversion genre humour plateau de tĂ©lĂ©, on gueule pour habiter les personnages, on noie le propos dans une scĂ©nographie d’un type parvenu au sommet parce que les professionnels culturels sont aveuglĂ©s par le pouvoir de la communication. Macaigne leur rend bien tout respire la vision d’un communicant. Jusqu’à cette scĂšne surrĂ©aliste Ă  l’entracte oĂč, face au bar, il pousse un caisson tandis que se tient debout le Prince. Macaigne pousse
invite le public Ă  applaudir mais qui ne rĂ©pond pas. La scĂšne aurait pu faire de l’image, mais Macagine est pris Ă  son propre piĂšge il fait du trĂšs mauvais théùtre de rue. Mais qu’importe, le jeune public et une classe sociale branchĂ©e y trouvent leur compte le théùtre peut aussi faire du bruit et de l’image, cĂ©lĂ©brer le paraĂźtre et la vacuitĂ© de l’époque. On se perd trĂšs vite dans les personnages parce que l’effet prend le pas sur la relation souvent rĂ©duite Ă  un geste, une interpellation, parce que les dialogues sont Ă  l’image d’un fil de discussion sur Facebook. Avec Vincent Macaigne, le théùtre est un produit de surconsommation. C’est pathĂ©tique parce que les acteurs se dĂ©battent en gueulant et que cela ne fait jamais silence; parce que Macaigne se fait une Ă©trange conception du public Ă  son service. C’est pathĂ©tique parce que ce théùtre du chaos ne crĂ©e aucun dĂ©sordre il profite juste de nos errances. Il y a bien eu Impermanence » du Théùtre de l’Entrouvert, spectacle dit jeune public » co-diffusĂ© par le Théùtre Massalia et la CriĂ©e de Marseille. Dans la salle, une fois de plus, beaucoup de professionnels. Il y a trĂšs peu d’enfants. Au cƓur de la Belle de Mai, il n’y a aucune famille de ce quartier trĂšs populaire. Jeune public ou pas, la fracture sociale est la mĂȘme. Le théùtre dit contemporain ne s’adresse plus au peuple. S’adresse-t-il seulement aux enfants alors que mon filleul de 9 ans ne voit pas toute la scĂšne parce qu’il est trop petit le théùtre ne dispose d’aucun coussin pour lui? La feuille de salle est un texte trĂšs hermĂ©tique Ă  l’image d’une piĂšce qui reprend tous les poncifs de la crĂ©ation contemporaine. Au cours de ce voyage théùtral sans but, l’artiste Ă©voque la perte de sens » on ne saurait mieux Ă©crire. Ici se mĂ©langent musique vrombissante, images, numĂ©ro allĂ©gĂ© de cirque, marionnette inanimĂ©e. Tout est mortifĂšre Ă  l’image d’un pays pĂ©trifiĂ© dans la peur de faire. Toutes les esthĂ©tiques sont lĂ  pour satisfaire les programmateurs. C’est dĂ©courageant de constater que les logiques de l’entre soi sont maintenant imposĂ©es aux enfants. Dans ce paysage morose, il y a une lueur d’espoir. Elle vient d’un metteur en scĂšne, Jacques Livchine, qui rĂ©pond JosĂ©-Manuel GonçalvĂšs, directeur du 104 Ă  Paris aprĂšs son interview dans Telerama. Un paragraphe a retenu mon attention Il y a quelque chose qui ne va pas dans le théùtre, il n’y a pas de projet commun, rien ne nous relie les uns les autres, On est dans le chacun pour soi, le ministĂšre de la Culture est incapable de nous donner le moindre Ă©lan. Les petites sources de théùtre ne deviennent pas des ruisseaux ou des riviĂšres qui alimenteraient un grand fleuve, non, c’est le marchĂ© libĂ©ral, la course aux places, aux contrats, les symboles se sont envolĂ©s, nous sommes tous devenus des petits boutiquiers comptables. Il faudrait se mettre tous ensemble pour dire qu’on en a marre, qu’il faut que nos forces s’additionnent pour une seule cause, celle de retrouver “la fibre populaire”. On a besoin d’un dĂ©fi collectif, le théùtre ne doit plus s’adresser Ă  un public, mais Ă  la ville toute entiĂšre. » Ce dĂ©fi ne se fera pas avec le ministĂšre de la Culture et ses employĂ©s obĂ©issants. Il se fera Ă  la marge, par la base, par un long travail de rĂ©appropriation de l’art par ceux qui veulent que la relation humaine soit au centre de tout. Les théùtres subventionnĂ©s ont depuis longtemps abandonnĂ© ce centre-lĂ  pour jouer Ă  la pĂ©riphĂ©rie afin de maintenir leurs pouvoirs et leurs corporatismes. Pascal BĂ©ly – Le Tadorne. Étiquettes Julie Deliquet, Toshiki Okada, Vincent Macaigne Trois annĂ©es aprĂšs la crise des subprimes, trois artistes du Festival d’Avignon s’emparent du sujet pour en restituer leur vision Nicolas Stemann Les contrats du commerçant, une comĂ©die Ă©conomique», Thomas Ostermeier Un ennemi du peuple» et Bruno Meyssat 15%». Premier Ă©pisode avec Nicolas Stemann pour la reprĂ©sentation la plus chĂšre aprĂšs celles de la Cour d’honneur entre 29 et 36 €; Ă  ce prix-lĂ , il reste encore des places. Il s’avance sur la scĂšne pour nous prĂ©venir la piĂšce est longue un compteur de pages trĂŽne sur le plateau, bloquĂ© Ă  99 et il n’est pas nĂ©cessaire de lire en continu les surtitres effectivement, le texte dElfriede Jelinek est une interminable logorrhĂ©e verbale Ă  propos des consĂ©quences de la spĂ©culation financiĂšre sur l’économie rĂ©elle. Nicolas Stemann prĂ©cise que nous pouvons quitter les gradins de la cour du LycĂ©e Saint-Joseph pour nous dĂ©saltĂ©rer au bar et visionner “les contrats”. ManiĂšre Ă©lĂ©gante pour dĂ©finir ce spectacle comme une installation. Ces principes de prĂ©caution Ă©tant posĂ©s, la piĂšce peut dĂ©buter. Feuillets Ă  la main, les acteurs Ă©grĂšnent le texte tout en le ponctuant de diffĂ©rentes performances. Le mistral s’invite pour faire voler ce texte soporifique en Ă©clats de papier. Les corps des acteurs en disent bien plus que les mots qui dĂ©filent tels des cours de la bourse sur les chaines d’information. La succession de performances met en scĂšne les ravages d’un systĂšme financier hors de contrĂŽle sur la vie d’un couple de retraitĂ©s. Je m’ennuie trĂšs vite comme si ces images, mĂȘme mĂ©taphoriques, m’étaient familiĂšres. En effet, la danse contemporaine et les arts plastiques vĂ©hiculent les symboles du corps marchand» depuis longtemps sans faire explicitement rĂ©fĂ©rence Ă  la crise financiĂšre. À cet instant, ce théùtre-lĂ  n’invente rien. Tout au plus recycle-t-il des procĂ©dĂ©s scĂ©niques au profit d’un texte bien heureux d’ĂȘtre ainsi valorisĂ©! L’absence de dramaturgie provoque la farce, malgrĂ© de belles images» de corps ensanglantĂ©s, de corps crucifiĂ©s Ă  la dĂ©rive et de scĂšnes de boulimie de billets de banque qui tournent au vomi
 LassĂ©, je prends la tangente vers le bar oĂč le prix des consommations n’a rien Ă  envier Ă  ceux pratiquĂ©s sur la Place de l’Horloge. On y discute, mais de quoi? Des spectateurs naufragĂ©s couverture sur les Ă©paules errent dans le jardin, mais vers oĂč? Étrange image que ces attroupements comme si le besoin de lien social prenait le pas sur les performances! Est-ce une mĂ©taphore de notre inconscience face Ă  la crise? Je dĂ©cide de ne pas regagner ma place. Je me positionne Ă  l’entrĂ©e du couloir entre scĂšne et jardin, tel un observateur attentif pour ne rien perdre de mon regard critique. Situation totalement inĂ©dite en vingt ans de frĂ©quentation du Festival! Je savoure cette liberté  C’est alors que Vincent Macaigne metteur en scĂšne d’un Hamlet dĂ©capant lors de l’édition de 2011 du Festival s’insurge dans les gradins. Il veut stopper la piĂšce. De ma place, je comprends trĂšs vite que c’est un jeu de rĂŽles calculĂ©. Il finit par monter sur le plateau. La scĂšne est assez pathĂ©tique dĂ©sinvolte, il semble dĂ©couvrir le texte. Mon attention est dĂ©tournĂ©e par un enfant comĂ©dien» prĂ©cĂ©demment dĂ©guisĂ© en superman qui quitte le plateau par les coulisses. C’est la fille de Vincent Baudriller, directeur du Festival d’Avignon. Ainsi, la farce tourne vite Ă  la mise en scĂšne d’un milieu qui jouit du dĂ©sordre gĂ©nĂ©rĂ© par la crise ici symbolisĂ© par l’éclatement de la reprĂ©sentation oĂč la performance et les arts plastiques prennent le pouvoir sur la dramaturgie. Aucun systĂšme de pensĂ©e n’émerge de ce théùtre, tout au plus une amusante dynamique d’un jeu de rĂŽles» oĂč le spectateur non averti ignore des enjeux par quel processus cet enfant est-il arrivĂ© sur scĂšne? Que se joue-t-il entre Vincent Macaigne, Nicolas Stemann et la Direction sachant que le lendemain, on me dit que Stanislas Nordey, artiste associĂ© en 2013 du Festival, endossera le rĂŽle?. Il y a dans ces contrats» bien d’autres transactions» et d’autres comĂ©dies Ă©conomiques» oĂč le public n’est finalement qu’une variable d’ajustement ses dĂ©placements sont mĂȘme orchestrĂ©s Ă  des fins de mise en scĂšne fuite au-dehors ou vers le bar; qu’importe !. Au Théùtre des IdĂ©es, Ă©vĂ©nement programmĂ© au sein du Festival, ClĂ©mence HĂ©rout rapporte dans son blog l’intervention d’Alain Badiou Le théùtre reprĂ©senterait ainsi la tension entre transcendance et immanence de l’idĂ©e». Ce soir, nous en sommes trĂšs loin. Infiniment loin. Comme si la crise de 2008 avait rĂ©ussi Ă  faire plonger certains artistes joliment subventionnĂ©s dans la mise en scĂšne du cynisme avec une esthĂ©tique irrĂ©prochable pour amuser le bourgeois Ă  dĂ©faut d’inviter le peuple Ă  rĂ©flĂ©chir sur son avenir. Pascal BĂ©ly, Le Tadorne. Les contrats du commerçant, une comĂ©die Ă©conomique» de Nicolas Stemann au Festival d’Avignon du 21 au 26 juillet 2012. Étiquettes Alain Badiou, Nicolas Stemann, Vincent Baudriller, Vincent Macaigne Ce fut le succĂšs du dernier Festival d’Avignon. Une oeuvre rare. Le Théùtre National de Chaillot Ă  Paris l’accueille du 2 au 11 novembre 2011 avant une tournĂ©e jusqu’en fĂ©vrier 2012 Grenoble, Mulhouse, Douai, OrlĂ©ans, Nantes, Luxembourg, Valenciennes. Retour d’Avignon
 Cela devait arriver. Non que cela fut prĂ©visible, mais attendu. Depuis quelques jours, il se trame un drame derriĂšre les murs du CloĂźtre des Carmes au Festival d’Avignon. AprĂšs Au moins j’aurai laissĂ© un beau cadavre» de Vincent Macaigne d’aprĂšs Hamlet» de William Shakespeare, de nombreux spectateurs semblent sonnĂ©s par cette proposition qui dĂ©passe l’entendement. Je n’ai pas pleurĂ©. Je me suis mĂȘme amusĂ© avec le chauffeur de salle. Fini l’attente. Le théùtre est ouvert dĂšs notre installation. Sur le gazon bien amochĂ© et boueux de la scĂšne, un homme harangue la foule avec une chanson dĂ©bile. Il invite le public Ă  monter sur le plateau. Les jeunes ne se font pas prier. Et ça dure
La caste journaliste vieillissante se demande avec inquiĂ©tude comment cela va finir. Cet espace intermĂ©diaire entre théùtre et rĂ©alitĂ© en dit long sur les intentions de Macaigne il faut nous mettre en condition, en assemblĂ©e. Quitte Ă  se foutre de notre gueule. Je n’ai pas pleurĂ©. J’ai juste tremblĂ© pour Hamlet. Depuis le temps, je m’habitue Ă  sa folie. Mais ce soir, c’est tout un systĂšme qui devient fou. Le corps du pĂšre gĂźt encore dans une fosse ouverte d’eau boueuse tandis que le mariage de Claudius avec la mĂšre d’Hamlet tourne Ă  la farce populaire d’une Ă©mission pour temps de cerveau indisponible. Nous rions Ă  notre dĂ©cadence. La boue est notre merdier. Les personnages se dĂ©patouillent pour exister dans ce dĂ©cor de terre piĂ©tinĂ©e, d’arriĂšre-cour de salle d’attente d’entreprise de communication, de logement prĂ©caire en tĂŽle et verre probablement dessinĂ© par le metteur en scĂšne institutionnalisĂ© et friquĂ© FrĂ©deric Fisbach, prĂ©sent au Festival avec Juliette Binoche, actrice squelettique. Comment comprendre la tragĂ©die d’Hamlet si l’on ne pose pas le contexte dans lequel elle interagit? Vincent Macaigne ne s’attarde pas beaucoup sur le spectre, rĂ©duit Ă  un furet empaillĂ©. Inutile de s’accrocher Ă  l’au-delĂ . Ici bas, suffit. Les mythes commencent sĂ©rieusement Ă  nous emmerder. Hamlet n’est pas fou, il souffre. Mais comment un tel systĂšme politique peut-il entendre la souffrance? Il est dĂ©calĂ©. Inaudible. Totalement inaudible. À devenir dingue. D’ailleurs, ils gueulent tous pour se faire comprendre. Mais comment en sommes-nous arrivĂ©s lĂ  ? Car je n’ai pas tardĂ© Ă  faire un lien cette scĂšne est notre Europe, notre boueux pays de France oĂč un saltimbanque au pouvoir transforme l’art en bouillon de culture
 Cette scĂšne est dĂ©gueulasse. Ils puent tous la mort. Cela gicle de partout. Comme un corps institutionnel agonisant, Ă©puisĂ© par la traĂźtrise aux idĂ©aux, mais encore vivant, car le cynisme leur donne l’énergie vitale d’organiser le chaos pour le maĂźtriser Ă  leur profit. Hamlet n’est pas fou il lutte pour sa chair
.Mais le systĂšme va l’emporter. Ne reste que le théùtre. Entracte. Hamlet reprend la main. Installe un théùtre oĂč il met en scĂšne son enfance. Aux origines. Qu’a vu Hamlet qu’il n’aurait pas dĂ» voir? Mais cette mise en abyme ne rĂ©siste pas. Le théùtre se fond dans le systĂšme politique jusqu’en Ă©pouser les jeux comment ne pas penser Ă  la nomination controversĂ©e d’Olivier Py Ă  la tĂȘte du Festival d’Avignon en 2014 ?. Je n’ai toujours pas pleurĂ©. Je me suis immobilisĂ©. Face Ă  tant de beautĂ© apocalyptique. La folie du Royaume et sa dĂ©chĂ©ance emportent le dĂ©cor du CloĂźtre des Carmes balayĂ© par un chĂąteau fort gonflable prĂȘt Ă  nous sauter Ă  la gueule. Notre Europe forteresse est une bĂąche rustinĂ©e maculĂ©e du sang des corps des migrants. Car le théùtre de Macaigne, c’est de la chair Ă  canon contre le pouvoir, offerte par des acteurs jusqu’au-boutistes qui donnent l’impression qu’ils pourraient mourir sur scĂšne. Macaigne ne disserte plus. Il convoque un théùtre d’images, quasiment chorĂ©graphique pour repenser l’Europe, il faut organiser nous-mĂȘmes le chaos, et arrĂȘter de s’accrocher Ă  des mythes empaillĂ©s. À partir de ses dĂ©combres, nous reconstruirons, torche Ă  la main. Vincent Macaigne pose un acte celui de MONTRER, alors que nous sommes saturĂ©s d’analyses et de paroles. Il n’a probablement rien de plus Ă  dire que ce qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dit. Or, Ă  l’heure oĂč le chaos s’installe, qui sait aujourd’hui montrer en dehors des visions molles
 Et si resentir l’image théùtrale Ă©tait une forme de pensĂ©e? Je me lĂšve pour applaudir. OĂč est Vincent Macaigne ? Peut-ĂȘtre dĂ©gueule-t-il. Pascal BĂ©ly, Le Tadorne. Le regard de Francis Braun. Il faut, c’est un ordre, ĂȘtre tĂ©moin de ce Miracle. Il faut participer Ă  ces heures de libertĂ© jouissive, vivre cette aventure shakespearienne indĂ©finissable avec la troupe de Vincent Macaigne dans Au moins j’aurai laissĂ© un beau cadavre» d’aprĂšs Hamlet» de William Shakespeare. Il faut voir Le CloĂźtre des Carmes, lieu du Sang versĂ©, devenir le lieu de tous les possibles, de tous les dĂ©lires. Il faut le voir vivre d’une façon diffĂ©rente il a Ă©tĂ© investi totalement pour cette occasion par un cabinet de curiositĂ©s baroque et intrigant sur un sol un gazon vert fanĂ© avec eau croupissante. Nous sommes conviĂ©s par un chauffeur de salle pour une cĂ©rĂ©monie joyeuse et terrible. On hĂ©site entre un happening hippy baba et un spectacle de fin d’annĂ©e ; on se demande Ă  quelle sauce on sera trempĂ©s
les gens descendent, des gradins sur la scĂšne, commencent Ă  danser
on attend et ce sera tout Ă  la fois. Ce soir, Hamlet revisitĂ© va devenir L’?uvre Théùtrale universelle d’un mec imprĂ©visible et sans contrainte. Ce sera le fait d’un artiste qui explose Ă  la fois de sa folie et de son dĂ©lire. On le sait intelligent, dĂ©sarmant, on ne sait pas si cela va durer dix minutes, une heure, ou toute la nuit
ou s’il va s’en aller. Au bout de quelques minutes, c’est certain nous allons oublier le temps pendant quatre heures, nous allons ĂȘtre assis, rivĂ©s Ă  nos fauteuils, bloquĂ©s hilares, sidĂ©rĂ©s et Ă©bahis. L’esprit de Vincent Macaigne, qui s’agite avec les machinistes en haut des gradins, comme un chef d’orchestre, est totalement dĂ©bridĂ© et contrairement au slogan nĂ©on posĂ© en enseigne sur le mur d’en face 
il y aura pas de miracles ce soir » Mais, de CE MIRACLE, on pourra se souvenir
 C’est Hamlet, lui, sa famille, son trĂŽne, son palais qui nous sont racontĂ©s, mais c’est aussi la TragĂ©die de ce Prince du Danemark revisitĂ©e sur un gazon piĂ©tinĂ©, semĂ© d’embĂ»ches irrĂ©parables. C’est une vie de crime intemporelle relatĂ©e sur un champ dĂ©vastĂ©. C’est hier et aujourd’hui sang mĂȘlĂ©, c’est une OphĂ©lie en pleine inquiĂ©tude, c’est une mĂšre qui n’en peut plus de possĂ©der ; c’est bien sur Hamlet, jeune enfant qui se souvient. C’est son histoire fondue enchaĂźnĂ©e Ă  notre actualitĂ© qui s’exprime sous nos yeux et devenons alors les otages-bienveillants-volontaires dans un cloĂźtre ouvert Ă  toutes les Folies. Folies de la mise en scĂšne tour Ă  tour explosive, sereine, calme ou dĂ©sespĂ©rĂ©e. Folies des lumiĂšres, soudainement crĂ©pusculaires, parfois hivernales, soudainement glaciales
Le cauchemar ou le rĂȘve partent en fumĂ©e
des rĂ©elles fumĂ©es nous enveloppent ponctuellement. Les comĂ©diens nous surprennent tout le temps, ils nous font rire et nous coupent la respiration. Nous sommes Ă  chaque seconde secouĂ©e de sentiments diffĂ©rents. Nous sommes dĂ©stabilisĂ©s, dĂ©rangĂ©s, enthousiastes, parfois inquiets. Plus les minutes passent, plus les corps-spectateurs se figent silencieusement dans le respect et l’effroi. Des litres de sang se dĂ©versent sur un corps qui meurt. C’est l’Instant terrifiant incarnĂ© par des comĂ©diens incroyables. Nous sommes happĂ©s, nous ne savons plus distinguer l’histoire et le prĂ©sent. C’est Ă  la fois le spectre de Pippo Delbono qui hurle sans qu’on le comprenne, c’est Angelica Liddell qui joue de son corps, de ses seins, de son sexe, c’est aussi le Sang de Jan Fabre, mais c’est surtout le monde du corps de Vincent Macaigne. Il y avait avant Pina et aprĂšs Pina
il y avait avec Angelica Liddell, maintenant l’histoire shakespearienne ne pourra vivre sans le cadavre laissĂ© par Vincent Macaigne. dans les murs du CloĂźtre des Carmes
. C’est lui L’ENFANT du festival, car il naĂźt ce soir Ă  nos yeux. Offrons-lui le TRONE qu’il mĂ©rite, qu’on le couvre d’HONNEURS, qu’on le salue, et que l’on reconnaisse en lui CELUI par qui un autre THEATRE arrive
. Proclamons-le 
Notre Nouveau Prince de Hambourg, crions haut et fort
Vive LE PRINCE et vive sa folie. Ce fut, je dois dire, exceptionnel. Monsieur Vincent Macaigne, Nouveau Prince en Avignon
 Francis Braun, Le Tadorne. Au moins j’aurai laissĂ© un beau cadavre» de Vincent Macaigne. TournĂ©e ici. Étiquettes Vincent Macaigne Il faut, c’est un ordre, ĂȘtre tĂ©moin de ce Miracle. Il faut participer Ă  ces heures de libertĂ© jouissive, vivre cette aventure shakespearienne indĂ©finissable avec la troupe de Vincent Macaigne dans Au moins j’aurai laissĂ© un beau cadavre» d’aprĂšs Hamlet» de William Shakespeare. Il faut voir Le CloĂźtre des Carmes, lieu du Sang versĂ©, devenir le lieu de tous les possibles, de tous les dĂ©lires. Il faut le voir vivre d’une façon diffĂ©rente il a Ă©tĂ© investi totalement pour cette occasion par un cabinet de curiositĂ©s baroque et intrigant sur un sol un gazon vert fanĂ© avec eau croupissante. Nous sommes conviĂ©s par un chauffeur de salle pour une cĂ©rĂ©monie joyeuse et terrible. On hĂ©site entre un happening hippy baba et un spectacle de fin d’annĂ©e ; on se demande Ă  quelle sauce on sera trempĂ©s
les gens descendent, des gradins sur la scĂšne, commencent Ă  danser
on attend et ce sera tout Ă  la fois. Ce soir, Hamlet revisitĂ© va devenir L’oeuvre Théùtrale universelle d’un mec imprĂ©visible et sans contrainte. Ce sera le fait d’un artiste qui explose Ă  la fois de sa folie et de son dĂ©lire. On le sait intelligent, dĂ©sarmant, on ne sait pas si cela va durer dix minutes, une heure, ou toute la nuit
ou s’il va s’en aller. Au bout de quelques minutes, c’est certain nous allons oublier le temps pendant quatre heures, nous allons ĂȘtre assis, rivĂ©s Ă  nos fauteuils, bloquĂ©s hilares, sidĂ©rĂ©s et Ă©bahis. L’esprit de Vincent Macaigne, qui s’agite avec les machinistes en haut des gradins, comme un chef d’orchestre, est totalement dĂ©bridĂ© et contrairement au slogan nĂ©on posĂ© en enseigne sur le mur d’en face “il y aura pas de miracles ce soir» Mais, de CE MIRACLE, on pourra se souvenir
 C’est Hamlet, lui, sa famille, son trĂŽne, son palais qui nous sont racontĂ©s, mais c’est aussi la TragĂ©die de ce Prince du Danemark revisitĂ©e sur un gazon piĂ©tinĂ©, semĂ© d’embĂ»ches irrĂ©parables. C’est une vie de crime intemporelle relatĂ©e sur un champ dĂ©vastĂ©. C’est hier et aujourd’hui sang mĂȘlĂ©, c’est une OphĂ©lie en pleine inquiĂ©tude, c’est une mĂšre qui n’en peut plus de possĂ©der ; c’est bien sur Hamlet, jeune enfant qui se souvient. C’est son histoire fondue enchaĂźnĂ©e Ă  notre actualitĂ© qui s’exprime sous nos yeux et devenons alors les otages-bienveillants-volontaires dans un cloĂźtre ouvert Ă  toutes les Folies. Folies de la mise en scĂšne tour Ă  tour explosive, sereine, calme ou dĂ©sespĂ©rĂ©e. Folies des lumiĂšres, soudainement crĂ©pusculaires, parfois hivernales, soudainement glaciales
Le cauchemar ou le rĂȘve partent en fumĂ©e
des rĂ©elles fumĂ©es nous enveloppent ponctuellement. Les comĂ©diens nous surprennent tout le temps, ils nous font rire et nous coupent la respiration. Nous sommes Ă  chaque seconde secouĂ©e de sentiments diffĂ©rents. Nous sommes dĂ©stabilisĂ©s, dĂ©rangĂ©s, enthousiastes, parfois inquiets. Plus les minutes passent, plus les corps-spectateurs se figent silencieusement dans le respect et l’effroi. Des litres de sang se dĂ©versent sur un corps qui meurt. C’est l’Instant terrifiant incarnĂ© par des comĂ©diens incroyables. Nous sommes happĂ©s, nous ne savons plus distinguer l’histoire et le prĂ©sent. C’est Ă  la fois le spectre de Pippo Delbono qui hurle sans qu’on le comprenne, c’est Angelica Liddell qui joue de son corps, de ses seins, de son sexe, c’est aussi le Sang de Jan Fabre, mais c’est surtout le monde du corps de Vincent Macaigne. Il y avait avant Pina et aprĂšs Pina
il y avait avec Angelica Liddell, maintenant l’histoire shakespearienne ne pourra vivre sans le cadavre laissĂ© par Vincent Macaigne. dans les murs du CloĂźtre des Carmes
. C’est lui L’ENFANT du festival, car il naĂźt ce soir Ă  nos yeux. Offrons-lui le TRONE qu’il mĂ©rite, qu’on le couvre d’HONNEURS, qu’on le salue, et que l’on reconnaisse en lui CELUI par qui un autre THEATRE arrive
. Proclamons-le “Notre Nouveau Prince de Hambourg”, crions haut et fort “Vive LE PRINCE et vive sa folie”. Ce fut, je dois dire, exceptionnel. Monsieur Vincent Macaigne, Nouveau Prince en Avignon
 Francis Braun, Le Tadorne. A lire le regard de Pascal BĂ©ly. Au moins j’aurai laissĂ© un beau cadavre» de Vincent Macaigne au Festival d’Avignon du 9 au 19 juillet 2011. Étiquettes Vincent Macaigne AU MOINS J'AURAIS LAISSE UN BEAU CADAVRE d'apres Hamlet de William Shakespeare adaptation, mise en scene, conception visuelle et scenographique Vincent Macaigne scenographie Benjamin Hautin, Julien Peissel accesoires Lucie Basclet lumieres Kelig Le Bars son Loic Le Roux assistanat Marie Ben Bachir technique et production Festival d'Avignon avec Samuel Achache, Laure Calamy, Jean Charles Clichet, Julie Lesgages, Emmanuel Matte, Rodilphe Poulain, Pascal Reneric, Sylvain Sounier October 2011 1,927 views Read PDFRead Free PDFRead PDFCaroline VeauxThis PaperA short summary of this paper37 Full PDFs related to this paperReadPDF PackPeople also downloaded these PDFsPeople also downloaded these free PDFsPeople also downloaded these free PDFsPiĂšce dĂ©montĂ©e, Dossier n° 85 Le Livre d’or de Jan d’Hubert Colas, juillet Caroline VeauxDownload Free PDFView PDFPiĂšce dĂ©montĂ©e, - Dossier n° 166 Par les villages de Peter Handke, mise en scĂšne de Stanislas Nordey, juillet Caroline VeauxDownload Free PDFView PDFPiĂšce dĂ©montĂ©e, - Dossier n° 147 Six personnages en quĂȘte d’auteur de Luigi Pirandello, mise en scĂšne de StĂ©phane Braunschweig, juillet Caroline VeauxDownload Free PDFView PDFPiĂšce dĂ© montĂ©e, - Dossier n°51 Inferno, Purgatorio, Paradiso de RomĂ©o Castellucci d’aprĂšs La Divine ComĂ©die de Dante, juillet Caroline VeauxDownload Free PDFView PDFPiĂšce dĂ©montĂ©e, Dossier n° 107 Un nid pour quoi faire d’Olivier Cadiot, mise en scĂšne de Ludovic Lagarde, juillet 2010by Caroline VeauxDownload Free PDFView PDFPiĂšce dĂ©montĂ©e, - Dossier n° 188 Orlando ou l’Impatience, de et dans une mise en scĂšne d’Olivier Py, juillet Caroline VeauxDownload Free PDFView PDFPiĂšce dĂ©montĂ©e n°235, juillet 2016 Espaece d'aprĂšs l'oeuvre de Perec, mise en scĂšne d'AurĂ©lien Boryby Caroline VeauxDownload Free PDFView PDFPiĂšce dĂ©montĂ©e, - Dossier n° 189 Notre peur de n'ĂȘtre de Fabrice Murgia, juillet Caroline Veaux and FrĂ©dĂ©rique HammerliDownload Free PDFView PDF[1998] Gimello-Mesplomb F. 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Macaigne s’en prend au bien-faire et Ă  la culture Ă©lĂ©gante en rĂ©inventant la lĂ©gende du prince du Danemark dans un univers glauque de soirĂ©e faubourienne et sanglante. Les personnages jouent la trame shakespearienne mais disent, souvent hurlent, un texte volontiers ordurier, dans un dĂ©cor boueux, aquatique, sanguinolent oĂč surgira un chĂąteau gonflable sur lequel dĂ©rapent des acteurs de plus en plus nus. Ça Ă©ructe, ça cogne, ça inonde. Face Ă  cela, il faut avoir le cƓur bien accrochĂ© et ne pas porter son habit du dimanche quand volent la boue et l’eau rougie ! DĂšs la premiĂšre seconde, lorsque le public est interpellĂ© par un chauffeur de salle, le langage charrie les mots les plus crus, et les acteurs, tous incroyables, se roulent dans la fange, se battent ou s’étreignent, se dĂ©shabillent, se souillent, glissent, tombent au fond des fosses ou montent au sommet du dĂ©cor. Le bon goĂ»t est rarement au rendez-vous il est mĂȘme interdit !, mais l’énergie, l’aplomb, l’insolence, le dĂ©fi sont lĂ . Surtout, dans ce torrent de fureur provocante, il y a des moments de confession, de sincĂ©ritĂ©, d’humanitĂ© bouleversants. Ce mariage de la tragĂ©die avec les citĂ©s et la fĂȘte foraine n’était pas totalement prĂȘt Ă  Avignon, puisque l’équipe, dĂ©passĂ©e par l’ampleur de son entreprise on admire une implication qui doit mettre les corps et les voix au bout du bout du rouleau n’avait pu terminer son adaptation du dernier acte. Hamlet ne finissait pas ! Il n’y avait pas sa mort concluant un duel truquĂ© ! On attend la version complĂšte, ce qui risque d’augmenter encore la durĂ©e. Mais, un peu plus court ou un peu plus long, ce spectacle submerge le spectateur, le laissant choquĂ©, incrĂ©dule et impressionnĂ© face Ă  ce superbe coup de sang partagĂ© par une jeune Ă©quipe en folie. Au moins j’aurai laissĂ© un beau cadavre d’aprĂšs Hamlet de William Shakespeare, adaptation, mise en scĂšne et conception visuelle de Vincent Macaigne, scĂ©nographie de Benjamin Hautin, Vincent Macaigne, Julien Peissel, accessoires Lucie Basclet , lumiĂšres de Kelig Le Bars, son de LoĂŻc Le Roux, assistanat de Marie Ben Bachir, Avec Samuel Achache, Laure Calamy, Jean-Charles Clichet, Julie Lesgages, Emmanuel Matte, Rodolphe Poulain, Pascal RĂ©nĂ©ric, Sylvain Sounier. Théùtre de Chaillot, tĂ©l. 01 53 65 30 00, du 2 au 11 novembre. DurĂ©e 4 h.

au moins j aurai laissé un beau cadavre