Lettred'un poilu à sa femme : "La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l'exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d'obtempérer." *****
Prometsmoi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite à toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous méritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cœur au
Lettred'un poilu à sa femme : les conditions de vie dans les tranchées Ma chérie, Hadrien 18ans part à la guerre le 21 août 1914. Je suis actuellement à Verdun au front. Les conditions de vie sont exécrables. Laisse-moi te raconter tout cela. Je suis en 1ère ligne pour 24h, on va être tranquille.
Lettresà léa - d'un poilu à sa femme par Albert Viard aux éditions Editions de l'aube. Juillet 1914. Albert, 27 ans, officier d'artillerie, est engagé en Alsace dès le début des combats ; il ne retrouvera son foyer qu'en 1919. Avec lui, nous trave
Jevous souÂhaite Ă toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonÂheur que vous mĂ©riÂtez et que je ne pourÂrai pas vous donÂner. Je vous embrasse, le cĹ“ur au bord des larmes. Vos merÂveilleux visages, graÂvĂ©s dans ma mĂ©moire, seront mon derÂnier rĂ©conÂfort avant la fin. Eugène ton mari qui t’aime tant 30 mai 1917
Lexpression marraine de guerre désigne les femmes ou les jeunes filles qui entretiennent des correspondances avec des soldats au front durant la Première Guerre mondiale afin de les soutenir moralement, psychologiquement voire affectivement.Il s'agissait souvent de soldats livrés à eux-mêmes, ayant par exemple perdu leur famille. La marraine de guerre
ewea. Depuis janvier 2009 que je tiens ce blog, je fais en sorte de ne pas le limiter à l’unique sujet du Voyage. Digressions, réflexions, pensées et autre hors-sujets présumés sont des invités récurrents de ce lieu et j’en suis purement satisfait ainsi. Aujourd’hui, c’est à des années-lumière de tout cela que je vous emmène, back très très far away in the time, puisque le sujet de cet article date de 1916 et de la bataille de Verdun. Lorsque j’étais lycéen, au siècle dernier, ma professeure d’histoire nous avait fait étudier en profondeur le légendaire recueil Paroles de Poilus. Elle m’avait, dans le cadre de cette étude, donné à lire la photocopie d’une lettre écrite par l’un de ces soldats à sa femme, à la veille de Verdun. De cette lettre et de son auteur, je ne sais qu’une chose il est effectivement mort peu après et son témoignage s’est transmis de génération en génération, jusqu’à arriver, nul ne sait trop comment, entre mes mains. Sa lecture me touche toujours autant et c’est pourquoi la voici donc, maintenant, in extenso Ma très chère et très aimée Marie, Dieu l’a ainsi décidé, cette lettre est la dernière que vous lirez de moi ! Je l’écris après avoir reçu l’ordre de diriger une attaque qui doit entrainer les plus grands sacrifices – le mien en particulier. Je la confie à un officier du 232ème, le lieutenant Ruez, qui vous la fera parvenir, quand mon sacrifice aura été accompli. Je t’offre volontier [ma vie] à la France, en vue de la grandeur de laquelle j’ai toujours travaillé et vécu. Je partirai en Chrétien, après avoir accompli mes devoirs religieux. Ceci sera pour votre âme si chrétienne la meilleure des consolations pendant notre séparation momentanée; ce sera un exemple pour nos chers enfants. En vous quittant ainsi, je vous laisserai, je l’espère, un souvenir qui vous soutiendra dans la vie. Soyez assurée que je vous aime comme je vous ai toujours aimée et que j’emporte dans le cœur notre image chérie, ainsi que celles de mes quatre enfants, dans l’âme desquels vous me ferez revivre. Le temps nous manque pour adresser un dernier adieu à ma bonne et vénérée mère, je vous prie de lui annoncer ma mort au Champ d’Honneur. Venant de vous qu’elle affectionne particulièrement, ce coup lui sera moins rude. Dites-lui que son âme a forgé la mienne et que je l’embrasse du fond de mon cœur, ainsi que mon père qui fut mon modèle. Je n’oublie aucun des nôtres dans ma dernière vision de la Vie. Mon baiser le plus affectueux à mes chers petits Pierre, Louis, Anne et Charlotte; à vous mon plus tendre adieu et au Revoir ! Votre Paul
Objectifs 1/ Je lis des lettres de Poilus 2/ J’apprends à percevoir l’ironie dans un texte Qu’est-ce qu’un “poilu” ?Le terme “poilu” désigne tous les soldats français qui ont combattu lors de la Première Guerre Mondiale de 14-18. Les conditions de combat atroces des poilus, notamment dans les tranchées, face aux soldats allemands, ont marqué les esprits. Qu’est-ce que l’ironie ? L’ironie est une figure de style par laquelle on dit le contraire de ce que l’on pense réellement, afin de se moquer. Extrait d’une lettre de Pierre Rullier 26 juillet 1915 J’ai vu de beaux spectacles ! D’abord les tranchées de Boches1 défoncées par notre artillerie malgré le ciment et les centaines de sacs de terre empilés les uns au-dessus des autres ; ça c’est intéressant. Mais ce qui l’est moins, ce sont les cadavres à moitié enterrés montrant, qui un pied, qui une tête ; d’autres, enterrés, sont découverts en creusant les boyaux. Que c’est intéressant la guerre ! On peut être fier de la civilisation ! »1. Surnom donné aux Allemands durant la Première Guerre Mondiale Quelques pistes de lecture … En quoi cet extrait d’une lettre de poilu est-il ironique ? Citez des phrases ironiques. Extrait d’une lettre censurée du soldat Albert Cazes 1917 C’est à rendre imbécile, c’est laid, c’est odieux, nous nous terrons comme des bêtes traquées, et les jours succèdent aux jours, tristement, dans la crasse, les poux et la puanteur. Je vous assure que quelques mois de ce dur métier sont plus que suffisants pour abrutir un homme. » Quelques pistes de lecture … Diriez-vous qu’Albert Cazes critique la guerre de manière violente ? Êtes-vous d’accord avec lui ? Lettre de Pierre à sa femme Edith 22 septembre 1916 Ma chère Édith,La vie ici est très dure. Dans les tranchées, l’odeur de la mort règne. Les rats nous envahissent, les parasites nous rongent la peau ; nous vivons dans la boue, elle nous envahit, nous ralentit et arrache nos grolles. Le froid se rajoute à ces supplices. Ce vent glacial qui nous gèle les os, il nous poursuit chaque jour. La nuit, il nous est impossible de dormir. Être prêt, à chaque instant, prêt à attaquer, prêt à tuer. Tuer, ceci est le maître-mot de notre histoire. Ils nous répètent qu’il faut tuer pour survivre, je dirais plutôt vivre pour tuer. C’est comme cela que je vis chaque minute de cet enfer. Sans hygiène. Sans repos. Sans joie. Sans n’est rien comparé au trou morbide où ils nous envoient. Sur le champ de bataille, on ne trouve que des cadavres, des pauvres soldats pourrissant sur la terre imprégnée de sang. Les obus, les mines, détruisent tout sur leur passage. Arbres, maisons, et le peu de végétation qu’il reste. Tout est en ruine. L’odeur des charniers, le bruit des canons, les cris des soldats… L’atmosphère qui règne sur ce champ de carnage terroriserait un gosse pour toute sa vie. Elle nous terrorise je suis monté au front. Ils m’ont touché à la jambe. Je t’écris cette lettre alors que je devrais être aux côtés des autres, à me battre pour ma patrie. Notre patrie, elle ne nous aide pas vraiment. Ils nous envoient massacrer des hommes, alors qu’eux, ils restent assis dans leurs bureaux ; mais en réalité, je suis sûr qu’ils sont morts de ! Ce que j’aimerais recevoir une lettre. Cette lettre, celle qu’on attend tous, pouvoir revenir en permission. Ce que j’aimerais te revoir, ma chère épouse ! Retrouver un peu de confort, passer du temps avec notre petit garçon… Est-ce que tout le monde va bien ? Ne pensez pas à toutes ces horreurs. Je ne veux pas que vous subissiez cela par ma faute. Prends bien soin de toi, de notre fils, et de mes parents. Et, même si je ne reviens pas, je veillerai toujours sur toi. Je pense à vous tous les jours, et la seule force qui me permet encore de survivre, c’est de savoir que j’ai une famille qui m’attend, à la être à vos côtés très prochainement, à bientôt ma belle Édith, je t’ Quelques pistes de lecture … 1 – Lisez le premier paragraphe. Quel genre de vie Pierre mène t-il dans les tranchées ? 2 – Lisez les deuxième et troisième paragraphes. A votre avis, quelle est l’opinion de Pierre sur la guerre ? Regardez cette vidéo du Youtubeur Mamytwink et répondez aux questions ci-dessous 1 – À quelle occasion les Français et les Allemands ont-il fait une trêve ? Pourquoi ? 2 – La guerre a t-elle continué après cette trêve de Noël ? A t-elle fait beaucoup de morts ? Travail d’écriture Consignes A votre tour de rédiger une lettre de poilu pour témoigner de la guerre. Cette lettre pourra être adressée à un membre de votre famille, à un ami, etc. Pour cela, vous devez vous inspirer des lettres vues ci-dessus. Vous pouvez au choix Écrire cette lettre sur du papier jauni pour faire ancienEcrire cette lettre directement dans le formulaire de réponse Lettre écrite par FloraÀ mon amour Je t’écris cette lettre sûrement la dernièreIci c’est dur de ne pas perdre le quand je pense à toi je me dis que ça vaut la peine de se battre pour vivre. Voilà pourquoi je me bats je me bats pour toi. Pour ton visage …Pourrais-je encore voir ton visage, ton sourire, tes yeux ?Pourrais-je encore te toucher ou passer la nuit sous tes draps ?C’est si difficile ! Je vois mes camarades mourir sous mes yeux .Une bombe a explosé et j’ai vu un morceau de main atterrir à mes pieds. C’est horrible ! cette guerre finira t-elle ? Je n’en peux est-ce que je me bats ? Je ne sais plus. Je ne sais pas. Cela fait si longtemps que je me à l’heure, j’ai vu une balle passer à côté de mon oreille. J’ai bien cru que je ne pourrai pas t’écrire ces mots doux avant de voir la mort, brusque et sauvage, me prendre un de ces ne t’inquiète pas je survivrais pour t’écrire encore une lettre. Celle-ci j’ai pu te l’écrire car je suis de garde de nuit .Je ne sais pas si je vivrai assez pour pouvoir te revoir, mais même si je meurs sache que mon amour indélébile pour toi restera à jamais gravé dans mon coeur. Si je survis à cette guerre, je ne serais plus jamais le même une partie de moi restera en guerre à que cette lettre te parviendra .Ton amour. Lettre écrite par tyron Bonjour Anne, Je t’écris cette lettre qui sera la dernière, du moins, je pense… Ici, ça ne va vraiment pas. Actuellement, il ne nous reste que quelques soldats, et 2000 soldats adverses sont contre nous. Il faudrait vraiment un miracle pour que nous sortions vivants du champ de bataille. Je prends le temps d’écrire cette lettre, car j’ai besoin de savoir comment les enfants et toi, vous vous portez. Dis-leur que je pense à eux tous les jours. Ici, nous sommes en crise. Nous n’avons presque plus de nourriture, d’eau.. etc. Les Allemands ont décidé, hier, de mettre 5 000 soldats contre nous et nous allons être renforcés avec 3 000 hommes pour les affronter. Malgré la situation, j’ai confiance ! Il nous reste des alliés puissants. Je donnerai tout pour te toucher, pour sentir ton odeur, entendre ta voix ou tout simplement te voir une dernière fois. Ici, j’ai des sensations bizarres. Par exemple, lorsque des bombes atterrissent sous mes yeux, que des balles m’effleurent, je me dis que la chance est avec moi ! Sache que je t’aime et que si tu ne reçois plus de lettre, c’est que je suis parti rejoindre mes ancêtres ! Je me bats pour vous, pour le peuple et pour le monde. Je me bats pour la paix. Paix qu’ils n’ont pas pu trouver par un simple accord. J’essaye de garder le sourire, malgré les personnes que j’ai dû tuer, un peu plus de 300 hommes. J’espère que tu recevras cette lettre, car j’ai pris du temps à l’écrire. Avec tout mon amour, Au revoir Anne !
Le 31 août 1916, Albert LEMORE de Saint-Rimay Loir-et-Cher fait à son épouse “Fanie” un récit détaillé d’un combat de la bataille de Verdun auquel il vient de participer “Ma Chère Fanie, je vais te raconter nos misères et je profite d’un moment où nous sommes un peu tranquilles. Nous sommes donc partis d’Haudainville le 25 au soir et arrivés avec beaucoup de peines vers deux heures du matin le 26 à notre emplacement. En arrivant nous n’avions pour tout que des trous d’obus pour nous cacher. J’ai oublié de te dire que nous sommes un peu à droite de Fleury et dans un bois où il ne reste que les ruines en l’air en face le Fort de Vaux. Je crois que l’endroit s’appelle Vaux Chapitre. Je te disais donc que nous n’avions que des trous d’obus pour nous abriter, nous nous sommes donc mis à travailler pour nous creuser quelques abris. Nous étions tout le régiment, c’est-à -dire trois bataillons, le mien c’est le 5ème, le bombardement a commencé vers neuf heures et là il a fallu nous cacher dans nos trous car comme je t’avais dit nous savions que l’on nous faisait attaquer ce qui était loin de nous plaire et quand nos artilleurs ont commencé à tirer les boches n’ont pas été paresseux ils avaient de quoi répondre Jusqu’à cinq heures du soir notre artillerie n’a cessé de tonner c’était là l’heure de l’attaque. Deux compagnies par bataillon devaient attaquer et la troisième de soutien. C’était chez nous la 17 et 18 et nous nous étions en arrière mais pas de beaucoup 50 à soixante mètres. A l’heure de sortir, c’est-à -dire dès que les boches ont aperçu les premiers hommes français ils ont redoublé de croissance leurs bombardements, les fusils et mitrailleuses se sont mis en marche et les quelques courageux qui étaient montés les premiers sont tombés de suite les autres plus prudents ne sont pas sortis l’attaque a donc échoué complètement. On devait nous faire remettre ça le lendemain à la 19ème mais là pas un n’aurait sorti de son trou, mais comme les pertes étaient déjà très élevées et en plus que toute la nuit nous avions souffert du bombardement et de la pluie qui tombait à flots il y a heureusement eu contre ordre, mais le 28 ça été le tour aux boches après nous avoir bombardés violemment ils ont essayé une première attaque vers huit heures et une seconde une heure plus tard eux aussi sont tombés sur un manche et n’ont pu sortir. Le lendemain soir 29 nous avons encore cru à une attaque ennemie mais elle n’a pas eu lieu. Ce matin à huit heures ils ont recommencé mais là encore ça s’est terminé en peu de temps et ni nous ni eux ne pouvons avancer sous un pareil feu, c’est atroce et honteux de voir de pareilles choses. Comme pertes nous n’avons pas beaucoup de tués mais encore que trop, quant aux blessés ils sont nombreux et tant mieux pour celui qui a la bonne blessure. Ce qui est le plus à déplorer c’est que beaucoup sont tués ou blessés par nos canons de 75 ce matin encore à la compagnie il y a un tué et cinq blessés par notre artillerie. C’est cela qui nous décourage le plus de voir des camarades tomber par nous. Je ne te donnerai pas grands détails sur les camarades du pays mais je crois qu’ils sont en bonne santé. J’ai eu des nouvelles d’Edmond DOLBEAU le lendemain de l’attaque qu’il n’avait rien. Son caporal GRENET de Saint-Martin doit être blessé. Je n’ai pas de nouvelles de RENIER ni de Louis FURET mais je crois qu’ils n’ont rien et quoi que nous avons peut-être encore plusieurs jours à faire dans ce mauvais coin j’espère m’en tirer sain et sauf … Enfin, depuis six jours ma pauvre femme il y a le tiers d’hommes blessés dans le régiment. Au revoir et à demain. Je t’embrasse de tout cœur ainsi que toute la famille. Albert LEMORE était né le 18 juin 1877 à Saint-Rimay, fils de René et Marie ROUSSELET. Exerçant la profession de vigneron, il habitait au lieu-dit Villebazin à Saint-Rimay. Ayant épousé Noémie HUBERT, nommée Fanie dans sa lettre, il avait deux enfants René né en 1906 et Albert né en 1910. Il avait été incorporé le 3 août 1914 au 86ème régiment d’infanterie territoriale. Il fut tué à l’ennemi le 15 août 1918 à Vic-sur-Aisne.
Vues 733 Lettre d’un poilu à sa femme La sentence est tombée je vais être fusillé pour l’exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d’obtempérer. » Le 30 mai 1917 Léonie chérie J’ai confié cette dernière lettre à des mains amies en espérant qu’elle t’arrive un jour afin que tu saches la vérité et parce que je veux aujourd’hui témoigner de l’horreur de cette guerre. Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd’hui, les rives de l’Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Le paysage n’est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelés, c’est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, épaisse, collante dont il est impossible de se débarrasser. Les tranchées s’écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes, l’odeur est pestilentielle. Tout manque l’eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillés, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid à cause de la longueur des boyaux à parcourir. Nous n’avons même plus de sèches pour nous réconforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous réchauffer. Nous partons au combat l’épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d’un casque en tôle d’acier lourd et incommode mais qui protège des ricochets et encombrés de tout l’attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d’un air dédaigneux à leur retour, auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d’un bras, d’une jambe en moins ? Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie. Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque j’avançais les sentiments n’existaient plus, la peur, l’amour, plus rien n’avait de sens. Il importait juste d’aller de l’avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d’accès boisées, étaient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil à l’épaule j’errais, la sueur dégoulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausée. Un vrai charnier s’étendait à mes pieds. J’ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés, une haine terrible s’emparant de moi. Cet assaut a semé le trouble chez tous les poilus et forcé notre désillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de l’état major. Tous les combattants désespèrent de l’existence, beaucoup ont déserté et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter à déposer les armes. La semaine dernière, le régiment entier n’a pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre. Alors, nos officiers ont été chargés de nous juger. J’ai été condamné à passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombée je vais être fusillé pour l’exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d’obtempérer. En nous exécutant, nos supérieurs ont pour objectif d’aider les combattants à retrouver le goût de l’obéissance, je ne crois pas qu’ils y parviendront. Comprendras-tu Léonie chérie que je ne suis pas coupable mais victime d’une justice expéditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliés de l’histoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandés, à l’aube, agenouillé devant le peloton d’exécution. Je regrette tant ma Léonie la douleur et la honte que ma triste fin va t’infliger. C’est si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon départ au combat était une si douce et si jolie folie mais aujourd’hui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cœur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner. Promets-moi mon amour de taire à ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son père est tombé en héros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mémoire des poilus fusillés pour l’exemple est réhabilitée, mais je n’y crois guère, alors seulement, et si tu le juges nécessaire, montre-lui cette lettre. Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier. Promets-moi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite à toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous méritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cœur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravés dans ma mémoire, seront mon dernier réconfort avant la fin. Eugène ton mari qui t’aime tant Source Autrement-Vue
lettre d un poilu Ă sa femme